Ce matin en lisant certains propos diffamatoires à l'encontre de Charlie Hebdo sur Twitter et en constatant que la plupart des personnes qui diffusent ces messages sont parmi les plus jeunes, je me suis souvenu de ce billet que j'avais rédigé sans le publier . Je vous le livre tel qu'écrit à ce moment-là...

 

Comment leur faire comprendre ? Ils sont jeunes et loin de tout sur leur petite ile de la Réunion, ne se soucient que de leur petite personne, surfent sur FB et y diffusent des propos et photos qu'ils devraient garder pour eux, ils s'envoient des textos toute la journée, parfois même d'une salle à l'autre, prennent leurs professeurs en photo et s'amusent à les visionner, les partager et n'y voient pas de mal. Ils, ce sont mes élèves, collégiens.

 

"Parce que tout ça c'est virtuel madame.

- Virtuel ? Se faire insulter c'est virtuel ? Voir son image utilisée, caricaturée, c'est virtuel ? Qu'est-ce que le virtuel pour vous ?

- C'est ce qui se passe sur le net, c'est pas comme dans la réalité.

- Alors le virtuel c'est ce qui n'existe pas ?

- Si ça existe mais c'est entre nous, c'est privé. C'est pas comme dire les choses ou faire les choses pour de vrai.

- Pourtant une personne qui est injuriée ou bafouée sur le net ne se dit pas que ce n'est pas vrai, que les gens feront comme si c'était une fiction. Le virtuel c'est une fiction pour vous ?

- Oui c'est ça, c'est comme un roman où on raconte des trucs à l'écrit .

- Et on a le droit de tout écrire ?

- ça reste dans un groupe, c'est comme parler entre nous. Même si on critique une personne c'est notre affaire. Y'a bien des auteurs qui critiquent dans leurs livres et qui vendent ça.

- Là tu as raison, sur les auteurs. Nous en reparlerons d'ailleurs, de l'influence de la littérature. Mais la personne en question, celle qui a été injuriée, en subit les conséquences. N'est-il pas possible que d'autres personnes que le groupe voient ce que vous écrivez ?

- Si c'est possible mais ils n'ont pas à intervenir, ça ne les regarde pas. Puis moi j'ai envoyé ça de ma chambre, c'est mon idée et ce que les autres pensent je m'en fiche.

- D'accord. Alors suivons ton idée maintenant. Tu l'écris, tu la diffuses à ton groupe. Une personne du groupe la diffuse à d'autres. rapidement ton idée fait le tour des réseaux sociaux et des personnes que tu ne connais pas s'en emparent. Que dis-tu de ça ?

- Ben moi j'ai rien à me reprocher, j'ai écrit un truc à quelqu'un , pas à tout le monde. Y' a des journaux qui balancent des s--------- aussi

- Alors là on parle d'un métier particulier, le journalisme . Les journalistes ont une éthique. Ils diffusent des informations,sont parfois engagés mais jamais gratuitement contre quelqu'un. Certes ce qui est véhiculé par les médias fait mal parfois mais c'est un choix éditorial et écrit au nom d'un journal. On est loin du collégien qui balance , comme tu dis, des propos diffamatoires sur le net, gratuitement, sans fondement, pour se faire plaisir ou se faire mousser. puis pour revenir à mon propos, les journalistes comprennent la portée de ce qu'ils font."

 

Comment leur faire comprendre ? Comment expliquer que ce qu'ils appellent virtuel est en fait une autre réalité ? Mais surtout comment faire comprendre le poids des écrits ? Ces élèves ne lisent pas les journaux, ne regardent pas les journaux télévisés, mais parfois un titre , une affaire les interpelle. Ils voient dans les médias l'étalage de la vie privée de personnalités, regardent des emission de télé-réalité, sont submergés d'images sur le net.Tout cela leur parait tellement normal.

 

" Imagine que demain lorsque tu arriveras au collège, tu trouves ta photo sur tous les murs avec des injures, des révélations ou des rumeurs. Que penserais-tu ?

- Je serais énervé, qui a fait ça ? Je lui casserai la figure !

- Mais tu découvrirais que des dizaines de personnes ont collé ces photos...

- Oui mais y'a bien un gars qui a dit de faire ça non ?

- Oui. Sans doute. Peut-être le même qui a lancé une idée sur les réseaux sociaux et à qui cette idée a échappé ...

- Alors vous vous dites que ce qu'on écrit même en privé c'est dangereux. Mais alors on peut plus s'exprimer !

- Si on peut. Mais on doit faire attention à ce que l'on dit, à qui on le dit et ne pas perdre de vue que les écrits peuvent être repris et parfois même sortis de leur contexte. Ce qui est écrit est écrit. Si quelqu'un d'autre l'utilise c'est toujours moi qui en suis à l'origine. On peut remonter jusqu'à moi et je dois rendre des comptes. Mais au-delà de ça le mal est fait, une personne souffre par ma faute. Méritait-elle ça ? De cette façon ? Une cabale ?

- C'est quoi une cabale ?

- C'est un complot mené en secret contre quelqu'un.

- C'est ça, en secret.

- Oui mais de nos jours on utilise les réseaux sociaux pour véhiculer ses idées, on ne prend pas le temps de réfléchir et on poste, on twitte rapidement. Le mal est fait lorsqu'on se rend compte qu'on n'aurait pas dû écrire cela. Ce n'est pas moi qui ait inventé le concept mais 'ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas qu'on te fasse". Réfléchis. Comprends.

- mais si c'est la vérité que je dis

- Qu'y gagnes-tu ? Et au -delà de cela tu viens de bafouer les droits de ton camarade."

 

Comment leur faire comprendre ? Comment dire à un adolescent dont le centre du monde se réduit à son petit univers que ce qu'il fait est grave ? Qu'il doit élargir son horizon pour comprendre, se projeter, réfléchir ? Comment lui dire que ce qu'il regarde, ce qu'il lit sur le net est souvent faussé. Comment surtout lui faire cmprendre que le monde ce n'est pas cela. Ce soir en quittant le collège il retrouvera sa bande de copains et parlera d'untel . Un autre lui révélera ce qu'il a vu ou entendu . En rentrant chez lui il diffusera cette information qui les a tous fait bien rire. Et le mal sera fait ... à moins qu'il n'ait compris.

Je précise que dans mon enseignement je ne bannis pas les réseaux sociaux mais apprends aux jeunes à les utiliser à bon escient. Je leur confie un blog afin de les responsabiliser et leur rappelle les textes : http://eduscol.education.fr/internet-responsable/ressources/legamedia/liberte-d-expression-et-ses-limites.html

Retour à l'accueil