L'Auberge de la Jamaique, Daphné du Maurier

L'Auberge de la Jamaique, Daphné du Maurier, éditions Albin Michel, 1993, 306 pages

Genre : récit aventures

Thèmes : piraterie, famille, mystères, meurtres, naufrages, contrebande

 

L'auteur en quelques mots ...

Retrouvez la biographie de Daphné du Maurier et le challenge qui lui est dédié ICI

L'histoire :

1820, Cornouailles.A la mort de sa mère bien aimée, Mary Yellan se voit contrainte de quitter sa terre natale pour rejoindre sa tante Patience, mariée à un homme détestable, Joss Merlyn. Mais alors que dans son souvenir, Patience était enjouée et pleine de vie, c'est face à un fantôme que Mary se retrouve. Le couple tient l'Auberge de la Jamaique, établissement peu recommandable dont la réputation dépasse les frontières du comté, contraignant les voyageurs à passer en trombe sans s'arrêter. Dès lors, Mary ne peut que soutenir l'être fragile qui n'est plus que l'ombre d'elle-même, tout en se demandant quelles horreurs Patience a pu connaitre pour s'être ainsi ternie.

Joss Merlyn la prévient rapidement de son caractère emporté et l'invite à se tenir aussi tranquille et soumise que sa tante, sous peine de subir sa fureur. Pourtant, surpris par l'assurance de la jeune fille, cet alcoolique impénitent qui semble se livrer à un trafic peu recommandable, laisse transparaitre ses failles et lui livre peu à peu ses propres peurs.

Sur cette terre battue par les vents, sauvage, Mary va apprendre à observer mais ne rien dire. Rapidement, l'auberge habituellement déserte, va se peupler d'une faune avinée et violente. Mue par sa curiosité, Mary va bientôt découvrir de quoi il retourne exactement.

Perdue dans la Lande, elle fera la connaissance d'hommes plus surprenants les uns que les autres, chacun cachant un côté obscur mais à qui elle choisit de se fier  : Jem, le frère de Joss, comme un double plus jeune et attirant ou encore l'étrange vicaire ... Difficile dans ce contexte de savoir qui dit vrai...

"Elle était inexorable cette pluie qui cinglait les vitres du coche et s'infiltrait dans un sol rude et stérile. Il n'y avait pas d'arbres, sauf un ou deux peut-être qui tendaient aux quatre vents leurs branches dénudées, ployés et tordus par des siècles d'intempéries. Et les orages et le temps les avaient si bien noircis que si, par aventure, le printemps s'égarait en un tel endroit, aucun bourgeon n'osait se transformer en feuille, de crainte de mourir de froid. La terre était pauvre, sans prés ni haies; on ne voyait que des pierres, de la bruyère noire et des genêts rabougris."

En vrac et au fil des pages ...

Dans ce récit angoissant, Daphné du Maurier distille tous les éléments qui lui tiennent à coeur et que l'on peut retrouver dans nombre de ses romans : un paysage vivant, mouvant et inquiétant, sauvage, qui fusionne avec l'âme humaine, la mer qui à la fois emporte et rassure, régénère et tue, des personnages doubles, une maison qui semble avoir connu des épisodes marquants et une héroine qui se distingue par son comportement, ici sa force et son courage.

Mary est bien entendu naive, mais laisse bien souvent sa curiosité la guider. Elle tient sa force de sa condition paysanne, qu'elle assume et cite souvent. Mais sur cette terre, rien de ce qu'elle connait ne peut lui servir de repère. Contrainte de se fier à ceux qui l'entourent, ne pouvant trouver se soutien en sa tante qui n'est plus qu'une ombre, Mary tente de percer le mystère de Joss Merlyn.

Le destin de ce dernier est lié aux naufrageurs, ces hommes qui induisent les navires en erreur en les guidant vers les falaises puis n'hésitent pas à tuer pour un butin qui ne change rien à leur vie misérable. Dès lors que le sang a coulé, ces hommes que la bestialité animent, se livrent à la contrebande et ne font qu'un avec une terre sauvage, parfaitement décrite par l'auteur.

Le lecteur sera peut-être surpris des rapports qui unissent ce couple si mal assorti, tante patience et Joss Merlyn. Leur relation , faite de répulsion mais également d'un attachement morbide, a quelque chose de surprenant et ambigu. Mais Daphné du Maurier aime ce thème du double ,de la dualité de l'être et l'étire ici, jusqu'à nous livrer des âmes tourmentées qui, toutes, cachent une peur.

Le côté fantastique est apporté par le personnage du Vicaire albinos auquel Mary se livre instantanément, qui semble fusionner avec la nature environnante et connaitre les lieux mieux que quiconque. 

On m'a dernièrement recommandé la série (dont sont tirées les images placées dans ce billet) tirée de ce roman qui, apparemment ,rend justice au récit de Daphné du Maurier. A voir. Mais en attendant .. à lire ! 

Les billet des copinautes : 

Northanger

missmolko1

Harpervalley

nanajoa

 

 

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