Empathie et compassion, comment développer nos super-pouvoirs, Sandra Cardot

Empathie et compassion, comment développer nos super-pouvoirs, Sandra Cardot, éditions Michalon, 2017, 187 pages

Genre : développement personnel

Thèmes : empathie, compassion, mentalité, méditation, qualité, conscience, altruisme

 

L'auteur en quelques mots ...

 

 

Sandra Cardot a été vidéaste, chanteuse et modèle. Diplômée de l’Ecole Nationale Des Beaux-Arts de Grenoble (master) et du Conservatoire des Arts et Métiers en psychologie, elle a poursuivi sa formation vers l'art thérapie. Confrontée au départ soudain de son père, son intérêt pour le psychisme humain et pour la narration sous toutes ses formes a donné naissance à Ferme tes yeux Jessica, un court roman dans lequel une jeune fille perd son père dans un accident auquel elle survit elle-même, et devient amnésique. Elle est l'auteur de En Pleine conscience, itinéraire lucide vers le bonheur spirituel, paru en 2016 aux éditions Michalon.

"Nous sommes capables de devenir de prodigieux héros".

A l'origine est l'empathie. Mais l'on aurait tort de croire qu'elle est l'apanage des humains. Au contraire, "l'empathie est bel et bien une aptitude intelligente, issue de la relation mère-petit de nos ancêtres les animaux", attitude qui va bien au-delà de leurs propres petits, mais s'étend à toute la communauté. Souris, chimpanzés, dauphins... en sont dotés. Nombre d'animaux nous témoignent également leur affection et bien plus encore. Tout le monde a au moins une fois entendu parler de ce chat qui, dans un hôpital, se couchait sur le lit des malades en fin de vie, signalant par là l'imminence de l'inéluctable et apportant un dernier réconfort. Qu'en est-il de l'humain ?

Sandra Cardot nous livre un exemple édifiant, là encore bien connu, soulignant l' aberration qu'il peut y avoir à vivre sans amour, sans en donner, sans en recevoir : dans les années 20 un certain John Broadus Watson prétend que la tendresse et la compassion des mères envers leur enfant porterait préjudice à l'intégration sociale et au développement des jeunes. Dès lors, dans les orphelinats,les petits furent isolés, ne recevant aucune marque de tendresse. Inutile d'insister sur les dégâts provoqués...

Que démontrent ces exemples ? Le lien, dans la joie comme dans la souffrance, soutient, fait avancer.Et il est inutile de bien connaitre une personne pour lui apporter ce réconfort, ce soutien. La capacité d'empathie est en chacun de nous. Des hormones y travaillent que l'on nomme communément "hormones du bonheur" : l'ocytocine, hormone du bien-être, du plaisir, la sérotonine, hormone de la sérénité, de la sécurité, dopamine, hormone de l'enthousiasme, de l'espoir. Et les neurones là dedans ? Eux aussi jouent un rôle capital dans le développement de l'empathie. Nous avons donc tous les outils pour réussir.

Puisque l'empathie est innée comme le démontrent les comportements enfantins d'encouragement, de consolation, pourquoi tous les hommes n'en sont-ils pas capables ? C'est qu'il faut nourrir notre cerveau. La souffrance et la douleur engendrent le chagrin et le désespoir. A contrario la paix et la sérénité diffusent le bonheur.

Facile à dire ? Il est pourtant simple de donner un sourire, de tendre la main. A condition de le faire sans arrière pensée, cette attitude générera autant de bénéfice chez celui qui donne que chez celui qui reçoit. On connait tous le vieil adage " Un sourire ne coûte rien...". Encore faut-il le mettre en pratique dans nos vies pressées. C'est un travail quotidien, puis une habitude, enfin une façon d'appréhender le monde.

La vérité est que nous ne sommes rien sans les autres. Alors autant construire des relations ou de simples liens sur une base saine faite de compassion, de regard tolérant, sans jugement.

 

En vrac et au fil des pages ...

 

Si à la lecture de ce qui précède vous vous êtes dit : évidemment ! Je le fais déjà ! alors vous êtes empathes et tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Si en revanche vous avez eu un petit sourire en vous disant : c'est bien beau tout ça mais c'est du blabla, il vous reste un peu de chemin à faire mais rien n'est perdu !

Je plaisante mais j'entends déjà quelques voix qui s'élèvent ( les mêmes peut-être que dans la salle des professeurs de mon établissement lorsque des collègues grognent contre des élèves et que nous sommes quelques-uns à nous désoler de cette attitude peu bienveillante...). Alors autant dire tout de suite qu'il faut être prêt pour lire ce livre, avoir sans doute déjà parcouru un bout du chemin vers la sérénité, la non-violence, la bienveillance et avoir donc un esprit positif, ouvert.

Petit instant "ma vie" : Je ne crois pas au hasard et, depuis que j'ai terminé ma formation en sophrologie, les choses, les gens ,les événements arrivent à moi pour m'emporter vers cette voie. Il en fut toujours ainsi dans ma vie, comme si quelque chose m'avait toujours guidée sur la bonne voie. C'est pour cela que je suis confiante, sereine la plupart du temps lorsque je dois faire des choix qui me concernent car je sais que je peux me fier à mon instinct. Curieusement il en va de même des personnes que je rencontre. Je dis souvent à mon mari qu'il est trop gentil, une façon aimable de lui souligner qu'il se fait avoir souvent. J'ai toujours eu la sensation d'être capable de "ressentir" les gens. Certaines personnes me sont toxiques. Je les rencontre dans mon métier essentiellement, qui est un milieu bien particulier, d'autres me mettent mal à l'aise , mais je comprends la plupart du temps qu'elles sont dans une période de leur vie qui leur fait voir les choses de façon négative. C'est ce qu'elles renvoient et que je ressens avec une grande violence. Il en a toujours été ainsi, de même que certaines situations me paraissent injustes et m'ont souvent rendue malades dans mon adolescence. Aujourd'hui je commence à peine à savoir comment me protéger de cela, me "nettoyer" en quelques sortes.

Il est  donc intéressant d'avoir trouvé un écho à cela dans le livre de Sandra Cardot. Elle nomme ces personnes capables de ressentir les intentions, les émotions des autres, des empathes.

Super, et que fait-on de cela ? On aide les autres à avancer, on leur procure le réconfort dont ils ont besoin, par un sourire, un geste, une action gratuite. Le petit plus rigolo est ce que décrit Sandra Cardot comme une sorte de connexion avec les animaux, cette capacité à les comprendre comme s'ils nous parlaient, ce dont se moque un peu ma tribu lorsque je parle aux chats et qu'ils semblent me répondre ( moi je dis qu'ils me répondent !), lorsque je leur donne ce dont ils ont besoin à ce moment là sans me torturer l'esprit avec "mais qu'est-ce qu'elle a à miauler cette chatte !".

La faille, car il y en a une, est l'incapacité des empathes à rester dans un lieu où les énergies sont négatives, l'atmosphère pesante, ce que je nomme au quotidien "être une éponge". Je le vis chaque jour dans mes classes lorsque les jeunes sont inquiets ou qu'ils arrivent en colère, mais aussi à la maison lorsque les enfants râlent ou que ma tribu me renvoie du négatif. Depuis longtemps je parviens à le gérer, en instaurant des rituels de sympathie, d'empathie, petits bonheurs, communication non violente, chaud doudous, méditation...et cela fonctionne très bien. Je dirais même que cela se propage et qu'il est agréable de pouvoir diffuser le positif, le bien-être, le bonheur. 

Sandra Cardot nous invite à repérer nos émotions afin de ne pas les confondre ou les plaquer sur les autres.Ne pas les étouffer mais les extérioriser.

On en arrive au chapitre santé, avec la nécessite de ne pas freiner la tristesse ou la colère si elles se présentent. Nous avons tous constaté au moins une fois dans notre vie combien cela est toxique. 

Mais attention, l'empathie et la compassion ne doivent pas mener à l'esclavage. Ecouter les autres oui, les aider comme on le peut oui, mais ne pas se soumettre sans s'en rendre compte.

La compassion c'est vivre au présent, apprécier, admirer. C'est une dimension spirituelle de l'empathie. On a tendance dans notre société à broyer du noir, à nous replier sur nos problèmes, à critiquer, oh oui critiquer ! S'obliger dans un premier temps à voir les choses autrement aide beaucoup, ne pas se laisser emporter par une conversation stérile comme on en entend souvent et qui ne mène à rien. C'est déjà un grand pas vers plus de sérénité. Sourire, c'est fou comme cela désamorce souvent une situation délicate. Et en plus cela se propage, c'est contagieux, comme le rire. Bien entendu ce n'est pas toujours possible, tout le monde a une vie différente et certaines ne sont pas faciles. Mais essayer. Nous ne sommes pas la souffrance que nous ressentons. Elle n'est pas "nous". Elle est un moment, une étape à dépasser.

La pleine conscience est la clé. Vous me direz, cela est très tendance. Je répondrai : c'est tout simplement essentiel. Se connecter au présent pour l'apprécier, être conscient de ce que l'on fait, ce que l'on mange. Ne pas vouloir que le temps file. Accepter de voir nos émotions, notre souffrance peut-être. S'arrêter.

Sandra Cardot donne des conseils simples pour se reconnecter, prendre le temps. Elle cite également nombre d'études, fait référence à des personnalités pour montrer la puissance de la compassion. Comme Matthieu Ricard dans ses conférences, elle revient sur les neurosciences et la découverte que la compassion modifie durablement notre cerveau. Ceci est désormais prouvé. La méditation, la pleine conscience,mais aussi la coopération, l'altruisme, ne modifient pas uniquement notre façon d'être. Le sujet est passionnant . Ce potentiel d'altruisme est à cultiver. Je reste persuadée que cela passe par l'éducation et d'ailleurs l'auteur revient sur ces écoles pilotes qui proposent un autre enseignement en insistant sur ces qualités.

Après une petite chose m'a tout de même dérangée. Il a fallu que j'arrive à la page 153 pour commencer à freiner un peu ma lecture: "les héros de la compassion". Ici Sandra Cardot évoque les véganes, ces personnes réfractaires à toute forme de violence, qui ne consomment pas de viande ni tout ce qui en est dérivé en dénonçant les violences faites aux animaux. Je comprends tout à fait ce mouvement, étant moi-même de moins en moins mangeuse de viande, mais plus par dégoût. J'entends ce discours car j'ai vu des abattoirs, des reportages atroces sur les violences faites aux animaux destinés à être mangés. "Vivre en paix avec le vivant", nous dit l'auteur, c'est refuser tout ce qui peut être lié de près ou de loin avec une forme de violence faite aux animaux ,doués comme nous l'avons vu de compassion.Cela passe par les cosmétiques, le prêt à porter...etc. Pour Sandra Cardot, nous n'avons plus besoin de cela aujourd,hui pour notre survie , de plus cette capacité de compassion doit s'étendre à tout le vivant dans un souci de préservation de la planète, enfin notre attitude serait le fait d'une société qui favorise l'ego au détriment de l'empathie.

Je suis d'accord avec elle pour dire que les consciences s'ouvrent , que la réflexion est intense sur le sujet et que les mentalités changent. Les medias s'en font les intermédiaires et c'est très bien. Ce que je regrette, et ce sera le seul bémol de ce livre, est la façon dont le sujet est amené. Les véganes sont ainsi nommés "super-héros", "fabuleuses personnes" face à la monstruosité de la société... En face les mangeurs de viande, réduits à des images clichés comme ce boucher argumentant sur son métier face à un groupe de militants. Oui, sauf qu'entre les deux, entre le salon de l'agriculture et les "fabuleux véganes" il y a nous ! Dès lors, ceux qui ne sont pas encore entrés en Véganie sont "noyés dans leur propre ego". Aie ! Où est la compassion, la main tendue vers celui qui est encore peut-être ignorant, qui se cherche, qui veut comprendre et démêler le vrai du faux parmi toutes les informations qu'on lui envoie ?

Et oui, j'enfile mon costume d'enseignante là ! Si je projetais sur mes élèves une vérité en laquelle je crois sans leur donner de preuve , en leur disant juste "si vous ne me croyez pas, vous n'avez qu'à vous renseigner", serais-je une bonne pédagogue ? Il me semble que Sandra Cardot pourrait nous concocter une petit livre sur le véganisme, comment elle y est arrivée, puisque je crois comprendre qu'elle était végétarienne auparavant. Le sujet serait abouti et tous les points de vue donnés, argumentés. On y trouverait des références précises, des indications de videos à consulter peut-être... Ce que je veux dire c'est que si on ne montre pas aux gens, de façon claire, ce dont on parle, ils ne peuvent le deviner. Mais au-delà, la compassion doit nous aider à guider sur le bon chemin et non encenser les purs d'un côté et laisser les autres au bord du chemin. Nous avons tous eu cette conversation au moins une fois autour de la table, tiens en ce moment avec la polémique sur les oeufs par exemple. Mais pourquoi vouloir imposer un mode de vie en disant : voici le bien, voici ce vers quoi vous devez tendre ? On sait bien que l'éveil des consciences est plus long à mettre en place que cela, et une vie d'homme n'y suffit pas. Soyons tolérant. Certains d'entre nous sont issus d'une famille de chasseurs, d'autres d'éleveurs. La reconversion peut se faire mais il faut démontrer, encore et encore, ne pas valoriser tout le temps les bons élèves, être patients. Je ne pense pas que les véganes soient des super-héros. Je pense que nous sommes tous des super-héros tant que nous essayons de faire au mieux, de faire grandir notre conscience, de nous élever. Peut-être l'auteur ne s'est elle pas rendue compte que l'on pouvait se sentir visé ou ma à l'aise en lisant ce chapitre un peu "donneur de leçon" ?Une piste intéressante pourtant,dans le livre de Sandra Cardot et qui mériterait un développement, est justement cette idée que nous sommes en train de passer à autre chose, que notre société nous demande d'évoluer. On pourrait peut-être insister sur ce fait : l'évolution de l'être humain. L'idée que l'on trouve aujourd'hui dans l'alimentation des tas de substituts.

Bon après je ne suis pas convaincue non plus que les légumes que nous mangeons, les graines et autres soient toujours très sains... Mais c'est un autre débat. Car ici l'auteur ne nous parle pas de ce qui est sain pour la santé mais de ce qui est vivant et que nous mettons dans notre corps. On est sur l'idée de conscience.

Il serait bien, à mon sens, de sensibiliser les populations sur la disparition des espèces, notamment celles qui sont chassées, pêchées, celles dont la survie dépend de l'homme. Mais attaquer directement par l'assiette n'est, selon moi, pas porteur. Je le constate chaque jour dans les discussions. Les gens se braquent systématiquement. Patience !

Heureusement l'auteur nous invite à trouver des solutions ensemble, mais ce petit travers de désigner les bons élèves et de culpabiliser les autres m'a dérangée. J'attends donc la suite, car ici la question est réduite à un seul chapitre avec le petit cliché du boucher devenu végane, c'est dommage. D'autant que les véganes ne sont pas tous pacifistes, malheureusement, peut-être parce qu'ils voudraient aller plus vite, que tout change d'un coup, ce qui n'est pas possible. On en revient aux lobbies, je rejoins ici Sandra Cardot sur la nécessité de faire bouger les choses d'en haut.Ne soyons pas pessimistes ! Et d'ailleurs ,comme le dit l'auteur, ne rejetons pas la faute sur les autres, agissons à notre petite échelle.

Il est évident que nous sommes dans une phase où nos actes déterminent le bien être des générations à venir.

Cela m'a ,en tous cas,donné envie de lire son premier livre.

 

Pour en savoir plus sur l'altruisme; on peut aussi recommander les écrits de Matthieu Ricard qui "rappelle la force de la bienveillance, le pouvoir de transformation positive qu'une véritable attitude altruiste peut avoir sur nos vies au plan individuel et, partant, sur la société tout entière"

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