http://extranet.editis.com/it-yonixweb/IMAGES/PLO/P2/9782259220224.GIF

L'Abandon du mâle en milieu hostile, Erwan Larher, éditions Plon, 2013, 226 pages

Genre : roman

Thèmes : amour, jeunesse, engagement politique, idéaux

L'auteur en quelques mots ...

http://insatiablecharlotte.files.wordpress.com/2012/09/erwan-larher.png?w=490&h=276

Erwan Larher est né à Clermont ferrand. Des études de Lettres et de sciences politiques le mènent à l'écriture, non sans être passé par l'industrie musicale ( on retrouve dans ce roman des titres, des références et une ambiance propre aux années 80/90). Ses deux premiers romans très remarqués, l'Autogénèse et Qu'avez-vous fait de moi ?, lui ont valu de belles critiques.Au quotidien Erwan Larher fait aussi du rewriting et des bandes annonce pour la télévision. Dramaturge (Dégâts d'ego), comédien voix,  il écrit pour interroger le monde et l'humain.Un touche à tout à la plume envoûtante.


L'histoire

" Je te haissais.

Avec tes cheveux verts, sales, tu représentais tout ce que j'exécrais : le désordre, le mauvais goût, l'improductive et vaine révolte juvénile".

Et pourtant, cette fascination qu'elle exerce sur lui va aller croissant. Bonne élève, sans histoire, elle attire l'oeil par son accoutrement, "tu malmenais ta féminité dans des hardes trouées, des guenilles comme jetées au hasard sur ton corps". 1977, première rencontre décisive. A l'occasion d'un exposé tous deux doivent travailler ensemble. Contraste saisissant : elle vivait dans une maison bourgeoise dans laquelle elle avait su ménager sa bulle, avec sa musique "I'm a problem child", "la rebelle était donc une privilégiée". Mais ce jour-là fut le début d'une longue histoire d'amour, "toute la rancoeur qui pourrissait en moi depuis des semaines disparut dans le vortex du désir". Elle l'entraine dans son monde, sa musique, ses copains décalés, les lieux sombres de la vie nocturne, sans jamais lui permettre de l'approcher davantage que comme une amie. Il faut dire que tout les sépare : lui, rangé, sage, membres des Jeunes Libéraux, rédacteur au Liberté et Fraternité; elle, tatouée du A de Anarchie, dévouée à la cause et prête à en découdre. Mais ces deux -là devaient vivre intensément leur passion, s'aimer, se nourrir l'un de l'autre. Lui, fou d'elle et pourtant toujours surpris qu'elle ait pu le choisir. Elle, indépendante, amoureuse mais aussi mystérieuse. L'histoire est belle, magique, tragique. Qui peut dire qu'il connait l'autre ? " Il me fallait deviner, tenter de te reconstruire pour te comprendre (...) je crois surtout que je ne voulais pas risquer d'ébranler ce miraculeux équilibre qui te gardait entre mes bras". Elle écrit. Qu'écrit-elle ? Jamais elle ne l'a laissé lire une ligne jusqu'à ce que son livre soit édité. Commence alors une vie qui l'éloigne de lui, l'édition, la promotion. Le public s'empare d'elle, "l'Ecrivain punk's not dead". 1983, La France fait la connaisssance d'Action Directe Branche Commando contre la laideur, des attentats réorganisent la vie politique. Elle s'intéresse à tout, pose un avis tranché sur tout. Lui a du mal à suivre, comme lorsqu'ils étaient plus jeunes et qu'il se sentait embarqué par des idées qu'il ne comprenait pas vraiment. Elle fait partie du monde et il ne l'en aime que davantage. Mais que savait-il de celle qui est devenue sa femme, qui menait une autre vie à Paris par besoin d'indépendance, qui lui disait l'aimer et avoir besoin de lui mais revenait différente, distante ,de chaque voyage ? "Il faudra bien que j'en parle" ...

En vrac et au fil des pages

Incroyable roman, L'Abandon du mâle en milieu hostile nous entraine dans un tourbillon d'émotions. Ca vous prend au ventre, inévitablement. Récit d'une petite vie tranquille ? Peut-être, mais toujours pointe cette sensation angoissante de la chute. Que s'est-il passé?  La phrase lancinante de cet anti-héros qu'est le narrateur, "Il faudra bien que j'en parle", laisse présager le pire. Et sincèrement, on pense à tout sauf à ce qui va nous être révélé.

C'est une déclaration, un sublime hommage à la femme aimée mais aussi un cri , retentissant, douloureux, libérateur ...Le temps d'un récit, l'illusion du bonheur ? La plume est enlevée, à la fois simple et érudite ( Que c'est bon de lire des mots moins usités au détour d'une phrase pourtant fluide et compréhensible de tous ! Petit coup de gueule du matin contre l'écriture facile...). Les pages se tournent, on veut savoir mais on profite aussi de chaque instant vécu auprès d'elle, de cet amour intense et exclusif qu'il lui voue. On passe de l'agacement envers un homme qui n'ose pas, se laisse porter, influencer par des idées faciles, à la joie d'un chemin qui s'annonce rayonnant. La fin nous obligerait presque à relire le roman, à la recherche d'indices qu'un lecteur attentif n'aura pas râté.

On ne sait d'elle que ce qu'il veut bien nous dire et c'est ce qui nous lie au narrateur, inextricablement, car , comme lui, on ne sait pas ce qu'il advient d'elle à chaque fois qu'elle part rejoindre son éditeur parisien, qu'elle quitte leur petite vie dijonnaise, le nid qu'il maintenait pour elle. On soupçonne, car on se souvient de la jeune fille rebelle qu'elle a été, qui l'attirait et le rebutait à la fois. Lui sait très bien où il veut nous amener en revanche et l'on apprécie d'autant plus cette capacité à reconstruire le passé.

La politique, la musique, les idéaux, prenent une grande place dans le roman et l'on se retrouvera sans doute dans ces souvenirs : l'engagement au lycée, les soirées si différentes d'un groupe à l'autre, les tracts distribués pour une cause ou une autre, les groupes que l'on écoutait dans les années 80, l'élection de Mittérand, les ados mal dans leur peau, les T-Shirt provocateurs... Quelles étaient alors nos valeurs ? Qu'en avons-nous fait ? Quels sont ceux qui, parmi nous, les ont faites grandir, en ont fait une passion ?

Tout est rédigé pour susciter l'émotion du lecteur et l'on adhère à la volonté du narrateur de ne pas aller trop vite. D'accord pour reprendre les souvenirs depuis la première rencontre, d'accord pour se laisser porter par les sentiments contradictoires qui lient les personnages, d'accord pour faire comme si on n'attendait pas intensément la chute ! Tout est fluide, tantôt poétique, tantôt plus sec. Et l'on finit la boule au ventre.

Le récit nous fait aussi entendre sa voix à elle. Elle lui répond par moments, mais où est-elle ? Tout cela est finement amené car l'on se demande sans cesse si elle est auprès de lui et réagit à cette autobiographie quil est en train d'écrire. Elle intervient pour modérer, rappeler, l'assiter dans son entreprise : se raconter, les raconter tous deux. mais au final, après être entrés dans leur intimité, la même question : qui était -elle vraiment ? "Il faudra bien que j'en parle".

Ce roman est un éritable coup de coeur, je vous le recommande.

Le petit plus : la pépite ! Le Blog d'Erwan Larher

 

 

 


Retour à l'accueil