http://artave.unblog.fr/files/2009/10/photosblogartave009.jpg

La Belle Chocolatière, Bernadette pecassou-Camebrac, éditions J'ai lu, 2001,479 pages

Genre : roman historique

Thèmes : science, bourgeoisie, pauvreté, Lourdes, Bernadette Soubirous, amour, passion

L'auteur en quelques mots ...

http://www.republicain-lorrain.fr/fr/images/45CBBE2A-756E-4205-B62A-91514F9BDC38/LRL_03/bernadette-pecassou.jpg

Bernadette Pecassou-Camebrac est journaliste. La Belle chocolatière est son premier roman. Depuis Le Bel Italien et l'Impératrice des roses , la villa Belza, La Passagère du France et La dernière bagnarde sont parus. Elle a réalisé divers reportages et courts métrages sur la religion et la ville de Lourdes ainsi que sur le rôle prépondérant des femmes dans la ville, thèmes que l'on retrouve dans  son premier roman. Cette année est paru Sous le toit du monde, un destin de femme dans la société népalaise.

L'histoire

http://tnhistoirexix.tableau-noir.net/images/la-patisserie.jpg

Salon de thé, Béraud

Nous sommes en décembre 1856. Sophie, épouse d'un notable de la ville, Louis Pailhé, pharmacien et chocolatier, essai une crinoline qu'elle portera pour le bal donné par le ministre et député de Tarbes, Achille Fould. Sous les mains expertes de sa couturière Antoinette, la robe prend forme et promet à "la Belle chocolatière", comme la surnomment les hommes de la ville de Lourdes, une belle entrée lors de la soirée. L'effet est saississant , à tel point que Sophie, remarquée par Abel, un hussard invité par le ministre pour le prestige de cette présence, tombe éperdument amoureux d'elle. Commence alors une liaison dont ni l'un ni l'autre ne sortiront indemne et qui les conduira aux confins de la passion. 

Parallèlement Lourdes s'anime de discussions au Café Français autour des avancées de la science. On évoque Pasteur, doyen de la faculté des sciences et l'on digresse sur les progrès et ce qu'ils permettront dans l'avenir. Mais Lourdes vit aussi de misère et dans les bas quartiers le choléra a emporté des familles entières l'année passée. Désormais le chômage et les intempéries ramènent la famine et le peuple se demande comment survivre à ce désastre pendant que d'autres , nantis, refusent d'ouvrir les yeux sur leur condition.

Lorsque la petite Bernadette Soubirous déclare avoir vu une dame blanche dans la grotte de Massabielle, la ferveur s'empare de la ville et les femmes mènent la danse, au grand damne de ces messieurs pour qui les questions de religion n'ont plus rien à faire dans ce siècle. Les frasques de Sophie font grand bruit mais l'enfant handicapé né de son union avec Louis Pailhé lui apprendra à devenir une mère responsable, même si son coeur est ailleurs.

En vrac et au fil des pages ...

http://robert87300.r.o.pic.centerblog.net/6820f0f8.jpg

Bernadette Soubirous

J'ai tout simplement adoré cette lecture ! Je pourrais donc m'arrêter là mais il vaut mieux que je vous dise ce qui m'a tant plu dans ce roman. Il faut avouer que le titre m'avait intriguée car j'imaginais une héroine à la manière de Vianne dans Le Chocolat de Lasse Hallström. Ici la belle chocolatière ne manipule pas les précieuses fèves mais est tout simplement la femme du pharmacien du village, également chocolatier, qui a pignon sur rue dans la ville de Lourdes.

Autant dire qu'on la déteste dès le départ avec ses airs suffisants et son attitude capricieuse, révélatrice, nous le découvrirons par la suite, de l'attitude de la bourgeoisie en ce XIX°S. La ville de Lourdes est à elle seule un personnage et dévoile peu à peu ses écarts entre bourgeoisie et pauvreté, son hypocrisie et son fardeau. D'autres personnages apparaissent, tous plus attachants les uns que les autres et l'auteur dépeint alors tout un tableau dans lequel les femmes tiennent un rôle majeur.

Ca c'est aussi cela le sujet du livre : la force et le courage de ces femmes qui ont osé tenir tête aux hommes, quitter pour les unes leur salon huppé, pour les autres les champs, pour se réunir et avancer ensemble, dans un élan de ferveur religieuse qui fait contrepoids avec les idées naissantes de l'époque. On pourra penser que tout cela est stéréotypé. Point du tout et l'on reconnait bien là la société du XIX°S dans laquelle la science est en train de prendre le pas sur l'aspect religieux qui menait jusqu'alors le monde. Les hommes en discourent au Café Français mené de main de maitre par une femme de poigne, tout en critiquant la basse classe, inculte, indigne de fréquenter les mêmes lieux.

Il faudra tout le symbole de la vision de Bernadette Soubirous pour que les peuples se mêlent, que les femmes de toutes conditions se rassemblent, au grand damne de ces messieurs qui voient là une forme de désobeissance et de déplacement des valeurs dans une société patriarcale qui accorde aux femmes des qualités mais apprécie qu'elles gardent leur place.

Le roman est aussi l'occasion de découvrir les métiers, les conditions de vie abominables des petites gens, d'entrer dans les salons bourgeois et d'y entendre des conversations variées sur la mode, la science, l'amour. Puis l'héroine se révèle une femme de coeur, ce sur quoi on n'aurait pas parié à la lecture des premières pages. L'évolution pertinente est donc intéressante à suivre.

Bien évidemment point de roman sans une histoire de coeur ! Ici les hussards fascinent mais l'on découvre l'envers du décor, loin de la vie rêvée que l'on imagine pour ces héros.

La plume est alerte et fluide et l'on prend un réel plaisir à cette lecture. Le côté historique romancé sied bien à l'histoire et l'apparition à Bernadette Soubirous qui sous tend la seconde partie du roman n'est qu'un fil conducteur, un lien entre les personnages et non un récit à part entière.

Je ne peux que vous recommander ce roman.

Retour à l'accueil