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Tambour battant,volume 1 : Bahiya Gilles Gauvin, illustrations Laetitia Larralde, editions Orphie, 2010, 76 pages


Genre : Bande dessinée


Thèmes : esclavage, ile de la réunion, code noir, amour, développement de l'ile bourbon

 

 

 

 

"Cette histoire, je ne vais pas l'inventer. Cette histoire, je l'ai vécue.

KRIKE-KRAKE ! Racontèr zistoir lé paré !

Notre histoire est celle d'une grande traversée.

Notre histoire n'a ni vainqueurs ni vaincus.

KRIKE- KRAKE ! Racontèr zistoir lé paré !

Mon histoire je l'ai reçue par le fouet. Mon histoire j'y ai survécu."

 

Ainsi s'ouvre Tambour Battant,en 1877, sur les paroles de la grand-mère de Joro.

"Maman, dis un peu à grand-mère d'arrêter de m'appeler Petit Jean". Joro ne comprend pas l'entêtement de sa grand-mère à occulter son véritable prénom. C'est que ce prénom : Joro, est chargé de souvenirs, de souffrances. Mais aujourd'hui elle s'apprête à lui conter l'histoire de ses origines. Car Joro était le prénom de son père, fils de la princesse Bahiya née au Mozambique et de l'esclave Achille. Bahiya, d'une beauté remarquable, dont le prénom signifie Belle, enlevée par des chasseurs d'esclaves noirs, soumise à la loi des blancs sur le navire qui la conduisait sur l'île Bourbon. Tambour battant est une histoire d'amour sur fond d'esclavage. Amour impossible entre  une princesse esclave et un charpentier blanc, amour reconnu avec un autre esclave,Achille. C'est aussi l'histoire d'une humiliation et d'une souffrance infinie infligée à des hommes par d'autres hommes. Au moment où les mentalités évoluent, où des révoltes se font jour, l'île Bourbon façonne ce qui fera son histoire : les esclaves "marrons" réfugiés dans les hauts, les grands propriétaires terriens qui bâtiront l'île, les esprits avangardistes qui feront évoluer les choses.

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En vrac et au fil des pages : Il s'agit du premier volume d'une trilogie qui choisit de présenter l'esclavage à travers des destins croisés, d'une lignée issue de la traite des noirs. L'album a l'avantage de mettre en avant certains points parfois oubliés, comme le profil des chasseurs de noirs qui étaient eux aussi noirs. Les questions , parfois naives, sont posées par Joro, avide de connaitre ses origines mais aussi adolescent en devenir. Je parle de récit mais il conviendrait plutôt  de parler de conte. Car c'est ainsi que Gilles Gauvin choisit de parler d'un sujet qui lui tient à coeur, à la manière d'un conteur réunionnais et avec cette formule rituelle avec laquelle le conteur ouvre son histoire "kriké...kraké". De la même façon, ce refrain rythme le récit et relance l'attention du lecteur et le récit de la grand-mère de Joro. Une façon de lier la culture littéraire réunionnaise, orale,  avec son Histoire.

 

Le dessin est volontairement simple, épuré. Le trait de Laetitia Larralde est sûr et ne montre que l'essentiel. Par choix, une seule couleur dans cet album : le marron. Elle apparait de temps à autre au fil des vignettes mais n'est pas omiprésente. Et, justement, c'est ce qui fait l'intérêt de cette BD car les personnages ne sont pas noirs. On pourrait en être étonné mais cela ne gène pas la lecture et souligne même un message intéressant de ressemblance entre les hommes .

 

La BD s'adresse à des adolescent par un vocabulaire simple et précis. Toutefois les adultes y apprendront probablement beaucoup de choses ! Les données historiques sont reprises par des dates, de 1789 à 1799, des visages connus ( Jean Hibon, Gilles Dennemont, le Père Lafosse...), des informations sur le développement de l'île.

 

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La fin du volume annonce le suivant :"Joro, le révolté de Saint-Leu ! L'enfant guerrier dont le fantôme hante encore l'esprit des blancs" et donne un petit lexique des expressions créoles que l'on trouve çà et là dans le récit. Gilles Gauvin a cependant fait le choix de rendre son histoire accessible au plus grand nombre et ces expressions restent minoritaires tout en  replaçant l'écrit dans le contexte de l'ile de la Réunion, tout de même.

 

Le second volume est un peu différent mais tout ausi passionnant : Joro. J'en livrai une chronique prochainement.

 

J'ai rencontré l'auteur lors d'une séance scolaire. J'ai beaucoup appris sur cette BD, la façon dont elle a été pensée, dessinée. Ma chronique ICI

 

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